L'homme, un loup pour l'homme? Voyez ces princes de la finance, hier si aimables, si parfaitement complices et policés et qui, là, soudain, s'affrontent au bord de l'abîme, se prennent à la gorge et jouent à qui faillira le dernier; voyez cette danse entre loup, ce féroce ballet de prédateurs exsangues qui se reniflent, hument la mort annoncée du voisin et guignent ses dépouilles.
Il y a eu, dans ces premières journées de crise, un parfum de mise à mort et de suicide collectif au sein de la petite meute des fauves. On a eu le sentiment d'une gigue, où les mêmes qui avaient, par leur irresponsabilité, leur égoïsme dévastateur ainsi que, il faut bien le dire, leur intelligence, mené le monde de la finance à l'implosion, pensaient se tirer de la fournaise en y précipitant les autres.
Et le résultat ce fut, pour tous, une apocalypse suspendue dont il était aisé de détailler l'implacable enchaînement de conséquences mais dont nul ne savait comment désamorcer la mécanique: comment répond-on à des épargnants qui viennent chercher du cash que l'on a pas? comment réagit-on à la mise en cessation de paiement des fournisseurs d'électricité et de gaz? que se passe t-il quand des foules d'épargnants ruinés, ou des chômeurs désespérés, ou d'emprunteurs harcelés par ceux-là mêmes qui les ont poussés à s'endetter, viennent, crier leur colère sous les fenêtres des agioteurs, spéculateurs et autres parachutistes dorés?